Des spéculoos pour la Saint-Nicolas

Prologue

Saint-Nicolas à l’école Saint-Antoine, c’est presque la fin du trimestre pour les enfants et c’est aussi leur Marché de Noël. Le vendredi après la fin des cours, et pour deux heures l’école est en fête. Le calendrier a le sourire, ce vendredi tombe pile le 5 décembre.
C’est une tradition, notre équipe est de la partie mais cette fois pas question pour nous de leur organiser un atelier cougnous ou craquelins, les spéculoos s’imposent car Catherine, du four à pain de Journal (on vous parle d’elle par ailleurs), nous as justement appris à en faire selon la recette traditionnelle de son village. C’est décidé, quasiment sans réfléchir, nous allons tester notre nouveau savoir-faire à Saint-Antoine !

L’atelier

Saint-Nicolas, Marché de Noël… nous avons voulu que l’atelier reflète cette ambiance de fête. Les enfants y participaient sans inscription, au moment qui leur convient; le four à bois de l’école peut chauffer en continu, c’est bien pratique.
Notre équipe avait tout préparé : deux tables basses dans le hall-vestiaire des maternelles, papiers cuisson, rouleaux à pâte, récipients, petit matériel…
des emporte-pièces sur le thème de Noël et même de véritables moules à spéculoos en bois figurant Saint-Nicolas (ça s’imposait!). Et pour faire définitivement festif, des sachets en cellophane avec leur petit ruban de couleur comme chez le pâtissier.
Après un petit temps d’hésitations, le mot a circulé dans l’école et l’atelier n’a pas désempli et la table est devenue un vrai chantier. Prélever une boule de pâte, l’abaisser au rouleau à trois, quatre millimètres, choisir sa forme et éventuellement y dessiner bouche et yeux, glisser sur un papier cuisson puis porter au four. Les plus grand(e)s s’essaient avec les vrais moules en bois : là, ça demande d’acquérier un bon tour de main et les parents ne sont pas forcément les plus doués.
Après dix minutes environ, les biscuits sortent du four, vérifier qu’ils sont bien cuits et les ramener à la table où commence la véritable torture : les laisser refroidir et durcir avant de pouvoir les emballer dans leur sachet cadeau en résistant à la tentation de les croquer tout de suite.
Il est dix-sept heures trente, fin des activités; reste à tout nettoyer et ranger pour libérer les instits et permettre à Monsieur Pierre de fermer l’école.

Épilogue

Les enfants ont adoré, les mamans aussi, même les papas s’y sont essayés. Il en est tout de même resté quelques uns, heureusement, discrètement déposés à la salle des professeurs en guise de merci.
Mon petit doigt me souffle à l’oreille qu’on remettra ça au four du Parc Duden un de ces jours.
Merci Saint-Nicolas

Quelques photos

L’âme du pain

Un matin d’été, dans une cuisine baignée de lumière, un enfant observe son grand-père. Les gestes sont lents, sûrs, presque rituels. Le vieil homme ne parle pas beaucoup, mais ses mains racontent une histoire. Il prend la farine, la tamise doucement. Il ajoute l’eau, le sel, le levain qu’il entretient depuis des années. Chaque mouvement est précis, respectueux. Il ne suit pas une recette : il suit une mémoire.

L’enfant regarde, curieux. Le grand-père lui tend la pâte. « Vas-y. Sens. C’est vivant. » Et l’enfant plonge ses petites mains dans la pâte tiède. Il rit, il s’applique. À travers cette matière brute, il découvre autre chose : le temps qu’il faut pour bien faire, l’attention, la patience. Et surtout, la joie de faire ensemble. Quand le pain sort du four, doré, croustillant, l’enfant le coupe. Une mie chaude s’en échappe, et un sourire aussi. Ce pain-là a le goût de l’enfance, du lien entre les générations. Il est un livre sans pages, un héritage sans mots. Un souvenir qui ne s’oubliera pas.

Le pain transmis

Le pain dans les mains d’un grand-père
N’est plus seulement pain — il est mémoire.
Il porte le sel de ses années,
Et le silence tendre de ses savoirs.

Il ne dit pas « voilà comment on fait »,
Il montre, et l’enfant comprend.
Car entre leurs mains, la pâte devient
Le fil invisible du temps.

Et quand la croûte craque sous le couteau,
Ce n’est pas qu’un pain qu’on partage,
C’est un monde ancien qui continue
Une histoire chaude entre deux âges.

En mémoire du poète Francis Ponge (1899 – 1988)