Un matin d’été, dans une cuisine baignée de lumière, un enfant observe son grand-père. Les gestes sont lents, sûrs, presque rituels. Le vieil homme ne parle pas beaucoup, mais ses mains racontent une histoire. Il prend la farine, la tamise doucement. Il ajoute l’eau, le sel, le levain qu’il entretient depuis des années. Chaque mouvement est précis, respectueux. Il ne suit pas une recette : il suit une mémoire.
L’enfant regarde, curieux. Le grand-père lui tend la pâte. « Vas-y. Sens. C’est vivant. » Et l’enfant plonge ses petites mains dans la pâte tiède. Il rit, il s’applique. À travers cette matière brute, il découvre autre chose : le temps qu’il faut pour bien faire, l’attention, la patience. Et surtout, la joie de faire ensemble. Quand le pain sort du four, doré, croustillant, l’enfant le coupe. Une mie chaude s’en échappe, et un sourire aussi. Ce pain-là a le goût de l’enfance, du lien entre les générations. Il est un livre sans pages, un héritage sans mots. Un souvenir qui ne s’oubliera pas.

Le pain transmis
Le pain dans les mains d’un grand-père
N’est plus seulement pain — il est mémoire.
Il porte le sel de ses années,
Et le silence tendre de ses savoirs.
Il ne dit pas « voilà comment on fait »,
Il montre, et l’enfant comprend.
Car entre leurs mains, la pâte devient
Le fil invisible du temps.
Et quand la croûte craque sous le couteau,
Ce n’est pas qu’un pain qu’on partage,
C’est un monde ancien qui continue
Une histoire chaude entre deux âges.
En mémoire du poète Francis Ponge (1899 – 1988)